— Oui, vous!… qui riez de toutes les inepties qu'elle dit… et qui avez l'air de trouver ça drôle!…

Elle allait continuer, élevant déjà la voix au milieu du silence. Très agacée d'être ainsi épluchée, Chiffon, les yeux brillants et le nez en l'air comme aux jours de bataille, proposa :

— Si on recausait comme avant… au lieu de s'occuper de moi?…

Une des portes du salon, qui donnait sur le jardin, était ouverte. Sans attendre pour juger de l'effet produit par sa proposition, elle sortit et descendit le perron, où l'attendait Gribouille, son meilleur ami, un énorme dogue court et trapu ; bonasse avec un air féroce.

La nuit était claire, mais sans lune. Une de ces nuits pleines d'humidité et de parfums qu'aimait Coryse. Suivie de Gribouille elle s'éloigna de la maison, marchant vers l'extrémité du jardin. L'odeur intense des pétunias blancs l'attirait. Et quand elle fut auprès de la longue corbeille, qui apparaissait toute pâle au milieu du gazon sombre, elle se pencha, les narines ouvertes, prise d'une envie de se rouler sur les fleurs embaumées pour les mieux respirer. Mais elle pensa :

— Je leur ferais mal!…

Car Chiffon, persuadée que les fleurs souffrent, ne les touchait qu'avec une délicatesse infinie et d'attendrissantes précautions.

Un bruit de pas dans l'allée fit grogner Gribouille ; et, tout de suite, elle devina que c'était M. d'Aubières qui s'avançait dans l'obscurité. Il demanda, distinguant vaguement la tache claire que faisait Chiffon :

— C'est vous, mademoiselle Coryse?…

— Oui, monsieur…