— Dame!… c'est important pour moi, ça!… car au moment où M. d'Aubières a fait cette chose-là… je penchais presque pour «oui»… un peu plus et ça y était!… Ah! ouiche!… ça a tout fichu par terre!…

— Mais pourquoi?…

— Mais parce que ça m'a été horrible, je vous dis!… et comme je pense qu'une femme est obligée de se laisser embrasser par son mari quand il en a envie… je ne peux pas me décider avec ça en perspective… non… je ne peux pas!…

— Et c'est ça que tu as dit à l'abbé?… — demanda Marc, qui s'amusait beaucoup.

— Dame, oui!…

— Et comment lui as-tu dit ça?…

— Je lui ai dit : «Monsieur l'abbé… M. d'Aubières me demande en mariage, etc… A la maison, on veut que je dise oui…»

— Permets… — interrompit vivement M. de Bray — je n'ai jamais voulu que…

— Il a bien compris que c'est pas toi!… quand je dis «on», il sait bien de qui je parle… donc, je lui ai demandé ce qu'il me conseillait, et il m'a répondu : «Ma chère petite, puisque vos parents souhaitent ce mariage, il ne vous reste plus qu'à consulter votre cœur et votre raison… ils vous enseigneront beaucoup mieux que moi ce que vous devez répondre…» J'ai dit : «Ma raison répond oui tout à fait… et mon cœur oui presque… mais voilà!… M. d'Aubières m'a embrassée sous les arbres… dans le jardin… hier soir…» Et alors, j'ai voulu expliquer de mon mieux l'effet que ça m'a fait… mais il m'a coupée tout de suite, l'abbé Châtel… «Ça suffit, mon enfant!… ça suffit… je n'ai pas besoin d'en savoir davantage…» Pourquoi ris-tu, oncle Marc?…

— Parce que tu es grotesque avec tes racontars à ce malheureux abbé… qui n'est pas du tout fait pour écouter ce genre de choses…