—Peaux, des peaux! criaient-ils pour se moquer de lui à leur tour. Nous allons te tanner la peau et tu pourras la vendre avec les autres; ce sera du beau maroquin écarlate!
Et en effet, le sang coulait sous les coups furieux qu'il recevait; il s'enfuit de toute la vitesse de ses jambes et, tout moulu, tout meurtri, s'échappa enfin de la ville.
«C'est bon, se dit-il, quand il fut de retour chez lui; petit Claus me payera cela; je m'en vais le tuer.»
Or, en ce même jour la grand-mère de petit Claus venait de trépasser. Elle n'avait guère été tendre pour lui, elle grondait toujours, mais il n'en était pas moins très affligé, et il prit le corps de la vieille femme et le plaça dans son propre lit qu'il avait préalablement bien chauffé à la bassinoire; il pensait qu'elle n'était peut-être qu'engourdie, et que la chaleur la ranimerait. Il alluma un bon feu dans le poêle et il s'assit lui-même pour passer la nuit sur un fauteuil dans un coin.
Voilà qu'au milieu de la nuit la porte s'ouvre et grand Claus entre une hache à la main. Il savait où se trouvait le lit de petit Claus, il s'y dirige sur la pointe des pieds et frappe du côté de l'oreiller un terrible coup avec sa hache; il fend la tête de la morte.
—Voilà qui est fait, dit-il, maintenant tu ne te railleras plus de moi.
Et il rentre tout gaiement chez lui.
«Quel mauvais caractère il a, ce grand Claus! se dit le petit, qui n'avait pas bougé ni soufflé mot. Il voulait me tuer; et si ma grand-mère n'avait pas été morte, c'est elle qu'il aurait assassinée!»
Il rajusta avec art la tête de sa grand-mère, et cacha la blessure sous un bonnet à dentelles et à rubans. Il mit à la morte ses vêtements du dimanche. Puis il alla emprunter le cheval de son voisin et l'attela à sa carriole; il y plaça au fond le corps de la vieille femme, monta sur le siège et partit pour la ville.
Au lever du soleil il y arriva et s'arrêta devant une grande auberge.