À ce moment, on versa de l'eau dans l'évier. L'eau coula par-dessus les bords et les entraîna.
«Voilà que nous avançons enfin!» dit l'aiguille.
Le tesson continua sa route, mais l'aiguille s'arrêta dans le ruisseau. »Là! je ne bouge plus; je suis trop fine; mais j'ai bien droit d'en être fière!»
Effectivement, elle resta là tout entière à ses grandes pensées.
«Je finirai par croire que je suis née d'un rayon de soleil, tant je suis fine! Il me semble que les rayons de soleil viennent me chercher jusque dans l'eau. Mais je suis si fine que ma mère ne peut pas me trouver. Si encore j'avais l'œil qu'on m'a enlevé, je pourrais pleurer du moins! Non, je ne voudrais pas pleurer: ce n'est pas digne de moi!»
Un jour, des gamins vinrent fouiller dans le ruisseau. Ils cherchaient de vieux clous, des liards et autres richesses semblables. Le travail n'était pas ragoûtant; mais que voulez-vous? Ils y trouvaient leur plaisir, et chacun prend le sien où il le trouve.
«Oh! la, la! s'écria l'un d'eux en se piquant à l'aiguille. En voilà une gueuse!
—Je ne suis pas une gueuse; je suis une demoiselle distinguée», dit l'aiguille.
Mais personne ne l'entendait. En attendant, la cire s'était détachée, et l'aiguille était redevenue noire des pieds à la tête; mais le noir fait paraître la taille plus svelte, elle se croyait donc plus fine que jamais.
«Voilà une coque d'œuf qui arrive», dirent les gamins; et ils attachèrent l'aiguille à la coque.