Hans Christian Andersen

CONTES MERVEILLEUX

Tome II

Table des matières [L'ombre]
[Le papillon]
[Papotages d'enfants]
[La pâquerette]
[La petite fille aux allumettes]
[La petite Poucette]
[La petite sirène]
[La plume et l'encrier]
[La princesse au petit pois]
[La princesse et le porcher]
[Quelque chose]
[La reine des neiges]
[ Première Histoire—Qui traite d'un miroir et de ses morceaux]
[ Deuxième histoire— Un petit garçon et une petite fille]
[ Troisième histoire—Le jardin de la magicienne]
[ Quatrième histoire—Prince et princesse]
[ Cinquième histoire—La petite fille des brigands]
[ Sixième histoire—La femme lapone et la finnoise]
[ Septième histoire—Ce qui s'était passe au château de la reine des neiges et ce qui eut lieu par la suite]
[Une rose de la tombe d'Homère]
[Le rossignol et l'Empereur]
[Le sapin]
[Le schilling d'argent:] [I,] [II]
[Le soleil raconte]
[La Soupe à la brochette]
[ I]
[ II—Ce que la première souricelle avait vu et appris dans ses voyages]
[ III—Ce que raconta la seconde souricelle]
[ IV—Ce que dit la quatrième souris lorsqu'elle prit la parole avant la troisième]
[ V—La merveilleuse recette]
[Le stoïque soldat de plomb]
[La tirelire]
[La vieille maison]
[Le vieux réverbère]
[Le vilain petit canard]
[Les voisins]

[L'ombre]

Un jour, un savant homme des pays froids arriva dans une contrée du Sud; il s'était réjoui d'avance de pouvoir admirer à son aise les beautés de la nature que développe dans ces régions un climat fortuné; mais quelle déception l'attendait! Il lui fallut rester toute la journée comme prisonnier à la maison, fenêtres fermées; et encore était-on bien accablé; personne ne bougeait; on aurait dit que tout le monde dormait dans la maison, ou qu'elle était déserte. Tout le jour, le soleil dardait ses flammes sur la terrasse qui formait le toit; l'air était lourd, on se serait cru dans une fournaise: c'était insupportable.

Le savant homme des pays froids était jeune et robuste; mais sous ce soleil torride, son corps se desséchait et maigrissait à vue d'œil; son ombre même se rétrécit et rapetissa, et elle ne reprenait de la vie et de la force que lorsque le soleil avait disparu. C'était un plaisir alors de voir, dès qu'on apportait la lumière dans la chambre, cette pauvre ombre se détirer, et s'étendre le long de la muraille.

Le savant homme à ce moment se sentait aussi revivre; il se promenait dans sa chambre pour ranimer ses jambes engourdies et allait sur son balcon admirer le firmament étoilé. Sur tous ces balcons, il voyait apparaître des gens qui venaient respirer l'air frais. La rue aussi commençait à s'animer; les bourgeois s'installaient devant leurs portes; des milliers de lumières scintillaient de toutes parts.

Il n'y avait qu'une maison où continuât à régner un complet silence; c'était celle en face de la demeure du savant étranger. Elle n'était pas inhabitée cependant; sur le balcon verdissaient et fleurissaient de belles plantes; il fallait que quelqu'un les arrosât, le soleil sans cela les aurait aussitôt desséchées.