—Tiens! s'écria l'industriel surpris, les monoplans nous faussent compagnie!... Les voilà qui filent là-bas sur notre droite!...

—Cela m'indiffère!... répliqua sèchement l'aviateur. Je conduis un biplan, je suis la route des biplans!...

La flottille aérienne, en tête de laquelle se maintenait La Tour-Miranne continua à avancer de son train régulier de cinquante à cinquante-cinq kilomètres à l'heure. L'aspect du paysage avait entièrement changé: c'étaient maintenant d'immenses plaines qu'incendiait le chaud soleil de juin, et au-dessus desquelles flottait comme une impalpable poussière de charbon. C'était le «pays noir», la région des houillères, et bientôt une vaste agglomération hérissée de hautes cheminées industrielles apparut qui fut laissée un peu à droite de la route.

—Lens! dit laconiquement Médouville à son compagnon.

—Ce serait le moment d'aller visiter les mines, répondit celui-ci.

—Si tu y tiens, tu n'auras qu'à piquer une tête au moment où nous passerons au-dessus de l'ouverture d'un puits, tu arriveras plus vite au fond!

—Diable! est-ce que tu voudrais te débarrasser de moi, par hasard?...

—Certainement non; je ne fais que t'indiquer un moyen rapide d'excursion, mon cher cousin.

—Trêve de plaisanterie, fit celui-ci. Sommes-nous encore loin de Lille?...

—Environ sept lieues; c'est l'affaire d'une demi-heure. Nous allons voir Carvin.