—C'est fini! cria d'une voix de triomphe l'aéronaute. Nous sommes à terre. Tout le monde peut descendre!

CHAPITRE XXII

LE LONG DE LA CÔTE D'AZUR

LES SUITES D'UN TRAINAGE.—SINGULIÈRE RENCONTRE.—UN OBSTINÉ.—EN LONGEANT LA CÔTE D'AZUR.—MARSEILLE, TOULON, NICE.—A TRAVERS LES CONTREFORTS DES ALPES.—LA HOUILLE BLANCHE.—ARRIVÉE A AIX-LES-BAINS.

Pendant un moment, l'armateur du yacht aérien, Claude Réviliod, demeura comme hébété et inconscient, les oreilles bourdonnantes, un voile noir piqueté de points rouges devant les yeux. Un bruit singulier, tenant du gargouillement et du sanglot, qui se fit entendre tout auprès de lui, le tira de sa torpeur. Ce bruit était dû tout-simplement à son valet de chambre, le digne Firmin, qui saluait, par ce soupir évidemment tiré du fin fond de ses souliers, l'arrêt du ballon et la fin de ses angoisses. Il est certain que, si le domestique possédait encore quelques cheveux noirs, ces cheveux étaient devenus au moins gris pendant les péripéties de cet atterrissage mouvementé. Heureusement c'était fini, et quelles que fussent encore les fureurs de la tempête, elle était impuissante désormais à entraîner l'aéronat qui gisait, tel la peau de quelque immense baleine projetée sur la plaine caillouteuse par les convulsions désordonnées de la mer.

Revenu au sentiment de la situation, Réviliod parvint à se redresser, épouvantablement courbaturé, du coin de son salon où la dernière secousse du traînage l'avaient projeté. Il jeta un regard sur son laquais, qui restait suspendu aux anneaux du plafond, tel un hareng saur à la devanture d'un épicier, sans oser encore reprendre pied.

—Allons!... fît le sportsman, il est inutile de faire davantage le bras de fer. Tu peux descendre.

L'aéronaute Neffodor s'était occupé, pendant ce temps, de dégager Charlot qui, perdant l'équilibre au moment du heurt final, était tombé la figure en avant, entre le moteur et les réservoirs, d'une façon si malheureuse qu'il figurait involontairement un Y ou le «poirier fourchu», la tête en bas et ses deux jambes torses en l'air. Enfin le pilote parvint à le tirer de sa singulière position et à le remettre debout.

L'ouvrier se tâta par tout le corps.

—Eh bien! rien de cassé?... interrogea cordialement l'aéronaute.