Une foule compacte, en habits de fête, se pressait derrière le cortège. Elle examinait curieusement et un peu railleusement deux individus, à la figure cuivrée, rayée de peintures extravagantes; les cheveux dressés en une mèche sur la tête, ornée de plumes, portant sur les épaules un manteau de cuir agrémenté de broderies en piquants de porc-épic; des jambières et des souliers également en peau, et également couverts de broderies.

A la main ils avaient un arc, des flèches, un casse-tête.

C'étaient Taignoagny et Domagaia, deux jeunes sauvages, amenés de la baie de Gaspé par Cartier, et que, pour cette circonstance, ou avait revêtus du costume de leur tribu.

Insensibles à l'attention grossière dont ils étaient l'objet, ils se tenaient gravement aux côtés de maître Jacques.

Le ciel était radieux, l'air d'une douceur ineffable, rempli de chants, de senteurs pénétrantes. La mer, comme énervée par les chaudes caresses du soleil, semblaient une immense cuve d'argent en fusion, dont les flots, disséminés çà et là, formaient des scories.

Ce spectacle plongeait l'âme en une molle rêverie. Il invitait au recueillement.

Parvenus devant la chapelle, les membres du clergé et la famille Cartier y entrèrent. Mais elle était trop peu spacieuse pour contenir tout le monde. Les matelots et le reste de la multitude demeurèrent au dehors, pieusement prosternés en face du choeur du saint lieu, dont, à dessein, on avait laissé les portes ouvertes.

La majesté de la cérémonie ne parut pas faire la moindre impression sur les sauvages.

Froids, immobiles, impassibles comme des statues, ils entendirent chanter le Te Deum d'actions de grâces. Mais sur un signe de maître Jacques, ils s'agenouillèrent à l'élévation du Saint-Sacrement.

Monsieur de Saint-Malo, alors l'évêque François Bohier, donna sa bénédiction.