—Mais un an! un an! faisait celui-ci avec des accents désolés.
—Oui, reprit-elle plus tendrement, en se penchant vers lui pour qu'il songeât à lui dérober un baiser; oui, je mets ton amour à l'épreuve, mon doux. Car ce n'est pas tout. Il faut que ce soit toi,—toi, entends-tu bien?—qui demandes à mon père la permission de retarder notre mariage...
—Oh! mais je ne pourrai jamais! s'écria-t-il, sans profiter de la faveur qu'elle lui offrait.
—Eh bien, monsieur, si vous ne pouvez jamais faire cela pour moi, moi je ne pourrai jamais vous épouser! répliqua-t-elle sèchement.
Puis, avec une feinte brusquerie, elle ouvrit la porte, et la referma après s'être introduite dans l'appartement.
Le malheureux Étienne demeura un moment atterré.
Ensuite, soucieux, rêveur, il descendit dans la salle, où toute la compagnie était déjà attablée.
Le menu du repas était simple, mais abondant. Des jambons cuits au four, d'énorme plats de fèves, et de châtaignes; des pâtés de boeuf et de lard; quelques cochons de lait rôtis à la broche le composaient. Pour l'arroser, du cidre et de la bière à bouche que veux-tu.
L'on mangea et l'on but, puis l'on chante des guerz, des sônes, des cantiques, tout le vieux répertoire breton. Dix heures venaient de sonner et les convives se disposaient à se retirer, quand les cris: «Au feu! au feu!» retentirent du dehors.
—Est-ce que je me trompe! s'écria le vieux Morbihan, qui était assis près de la porte.