—Ne prétend-on pas que c'est le chef de ces Soudards? demanda son compagnon.

—Ça leur chef! fit avec mépris le geôlier, en plaçant sa lanterne sous le visage de Georges.

—Ce n'est effectivement guère probable; nous le ferons examiner dans quelques jours, repartit l'autre, que Maisonneuve reconnut pour le gouverneur du château.

Après ces mots, les deux visiteurs se retirèrent. D'ailleurs, on avait dû redoubler de vigilance. Georges ajourna au lendemain soir la continuation de son entreprise. Mais le lendemain devait lui être fatal.

De bonne heure, un gardien entra dans son cachot et lui ordonna de le suivre. Maisonneuve devina ce qu'on voulait. Et il se repentit amèrement de n'avoir pas poursuivi, la veille, son audacieuse tentative; car il voyait bien qu'on allait lui faire subir un interrogatoire, le soumettre à la question. Mais les paroles du gouverneur l'avaient trompé.

Conduit dans le petit Donjon, on le fit descendre en une salle basse, étouffée, dont le sol se trouvait au-dessous du niveau de la mer. Cette salle, carrée, ne recevait d'air que par une étroite imposte. Plusieurs portes et un noir corridor en précédaient l'entrée.

Quand Maisonneuve fut introduit dans cette cave, une lampe et un brasier éclairaient ses sinistres profondeurs. On y respirait je ne sais quelle odeur écoeurante de graisse et de chairs grillées. Des instruments de supplice, des pinces, des tenailles, des chevalets, indiquaient tout de suite, au reste, sa destination horrible. C'était une chambre de torture. Elle était sourde aux bruits du dehors, mais elle était muette aux hurlements du dedans.

Il y avait là cinq hommes, d'aspect plus sombre, plus farouche l'un que l'autre: un juge-procureur, un greffier, un tourmenteur et son aide; un physicien ou médecin.

Le juge lisait un parchemin, le greffier taillait sa plume, le tourmenteur et son aide faisaient rougir des fers sur un réchaud; le physicien se chauffait les doigts à la flamme du réchaud.

Le juge s'adressa à Maisonneuve: