Lucas s'était hâté de prévenir Constance; et la pauvre fille, non moins désespérée, était remontée à sa chambre, sans avoir remarqué qu'un homme, posté dans l'ombre au coin de la maison, observait ses mouvements. Le gourmette allait à son tour remonter à la soupente où il couchait dans le grenier, lorsque cet homme le happa au passage.

—Terr i ben! à nous deux, mon gars!

—Oh! monsieur Jean, mon bon monsieur Jean, ne me faites pas de mal; pour l'amour du doux Jésus, ne me faites pas de mal! supplia Lucas tremblant d'épouvante.

—Méchant vaurien! dit le vieux timonier d'une voix sourde; c'est comme ça que tu trompes la confiance de ton maître... lui qui t'a généreusement recueilli...

—Je ne le ferai plus, je ne le ferai plus, monsieur Jean.

—Tais-toi et écoute bien ce que j'ai à te dire... A compter de maintenant, tu m'appartiens. Je veux que, chaque jour, tu me fasses un rapport de ce que t'ordonnera mademoiselle Constance. Si tu y manques ou si tu essaies de me tromper... je me charge de ta punition, entends-tu!... Et pas un mot, à qui que ce soit, de ce qui s'est passé ce soir, sinon!...

—Je vous jure, monsieur Jean!...

—Assez! va te coucher!

Le gourmette ne se fit pas répéter cet ordre. En un clin d'oeil, il fut en haut de l'escalier.

Jean Morbihan le suivit, rentra doucement dans la maison, et, enfilant un long corridor, il gagna une petite pièce qu'il occupait au premier étage, derrière celle de Constance.