Sans articuler un mot, ils s'étreignirent. Jean avait à sa ceinture son couteau de marinier; mais il ne songea pas à en faire usage. Philippe n'était pas armé.

Là, sur cet étroit plateau, que quelques pieds séparaient de l'abîme, commença une lutte sourde, acharnée, féroce. Les deux antagonistes bientôt furent en nage. Ils soufflaient comme des soufflets de forge. Leurs membres craquaient; leur bouche écumait et leurs yeux étaient injectés de sang.

Jean tâchait d'étouffer son ennemi pour s'en rendre maître. L'autre cherchait à le rouler vers le précipice pour l'y lancer.

—Terr i ben! fit tout à coup Morbihan en suspendant une seconde ses efforts; c'est le frère à...

Le reste de la phrase se confondit dans les rugissements de la tourmente.

Une surprise, puis une inattention au combat perdirent le pauvre vieux timonier.

Déjà il maintenait Philippe couché, haletant sous lui. De son genou, il lui écrasait la poitrine; avec son poing fermé, comme avec un marteau, il lui meurtrissait le visage, lorsque, par la chemise en lambeaux du jeune homme, il aperçut le tatouage que celui-ci portait sous le sein gauche.

Cette vue avait produit sur Jean une vive impression. Il avait lâché tout à la fois l'exclamation que nous venons de rapporter et son adversaire. Philippe aussitôt profita du répit pour reconquérir ses avantages.

Dans un mouvement rapide, il rassembla toutes ses forces, se dégagea, reprit le dessus, et poussa le corps du malheureux Morbihan dans l'abîme, à l'instant même où il s'écriait:

—Terr i ben! C'est le frère à...