Le pilote du Saint-Aaron y faisait une partie de dés, en buvant un pichet de cidre. Il confirma la nouvelle donnée par Étienne, ajouta que l'Aleth ne tarderait pas, suivant toutes probabilités, à jeter l'ancre dans le port de Saint-Malo; mais il ne savait quoi que ce fût sur le compte de Jean Morbihan. Il n'aurait même pu affirmer que c'était de lui qu'avait parlé le sauvage. Seulement il avait cru le reconnaître, parce que ce sauvage le nommait Terriben, sobriquet que les mariniers de Saint-Malo avaient donné au vieux timonier, d'après son juron de prédilection.

Cartier rentra soucieux à la maison de campagne. Il cacha à sa femme une partie de la vérité, et il lui dit que Constance s'était en effet embarquée sur le Saint-Vincent et qu'elle avait dû prendre terre dans une île habitée du golfe Saint-Laurent: il termina par ces mots:

—Je vais retourner à Paris, faire de nouvelles instances auprès du roi. Dès qu'il m'aura octroyé une autorisation, je me rendrai dans le golfe, où je chercherai la trace de la pauvre enfant. Si on me refuse cette autorisation, je partirai sur le premier navire venu.

—Puissiez-vous retrouver notre Constance! s'écria Catherine en répandant un torrent de larmes.

—Me permettrez-vous, mon oncle, de reprendre l'accoutrement de marinier? s'enquit Étienne Noël, avec vivacité.

—Volontiers, beau neveu; mais que diront tes supérieurs ecclésiastiques?

—Oh! ils savent bien que le désespoir seul...

—Soit, interrompit Cartier. Obtiens leur consentement et tu peux être assuré que le mien ne te fera pas défaut. Presse-toi... après-demain tu m'accompagneras à Rouen, où j'ai quelques affaires.

—Merci, ô mon excellent oncle! répondit le jeune homme enchanté, car il avait deviné la nature de ces affaires, dont le capitaine ne voulait pas causer devant sa femme.

Cartier effectua heureusement ce voyage. Mais ce fut sans résultat. Il ne recueillit aucun renseignement sur le sort de Constance. De Rouen, notre capitaine alla à Compiègne, où le roi se reposait de la guerre, en faisant exécuter de belles et utiles ordonnances, promulguées en 1538, «touchant l'abréviation, des procès, pour le soulagement de ses sujets foulés par la chicane des procureurs et ministres de justice.»