Le 7, Cartier appela au commandement de la colonie le vicomte de Beaupré, un des gentilshommes qui l'avaient accompagné, et il partit pour explorer les rapides au-dessus de Hochelaga, dans la croyance erronée que par-là il se rendrait plus rapidement au pays de Saguenay. Après plusieurs jours de voyage, et après avoir trouvé les sauvages empressés à le servir, il franchit le courant Sainte-Marie, mais fut incapable d'aller plus loin, empêché qu'il était par cette série d'écueils qu'on nomme aujourd'hui le Sault-Saint-Louis.

Cartier redescendit le courant et rentra au fort où il avait résolu d'hiverner.

On lui dit que les Canadians s'étaient assemblés en grand nombre à Stadacone et qu'ils paraissaient très-mal disposés pour les blancs. Ils ne venaient plus à ce cantonnement faire des échanges. Ils se montraient souvent par troupes armées et belliqueuses, sur les hauteurs couronnant le fort. Ils allaient même jusqu'à menacer les colons qu'ils rencontraient isolés.

Ces avis ne laissaient pas d'être inquiétants. Cartier se convainquit bientôt qu'ils étaient fondés.

Un matin, l'agouhanna d'Hochelay, qui n'avait pas cessé de témoigner de l'amitié aux Français, quoiqu'il les trahît déjà en secret, avertit le capitaine que les Canadians avaient fait prisonnier, chez leurs ennemis les Trudamans, un homme blanc et qu'ils se proposaient de le brûler. Qui pouvait être cet homme blanc? L'agouhanna n'en savait pas davantage. Cartier décida de le sauver; mais il n'y avait pas un instant à perdre. Le Visage-Pâle devait monter sur le bûcher ce jour-là. Peut-être son supplice avait-il déjà commence. Maître Jacques choisit sur-le-champ vingt mariniers des plus robustes. Il les arma d'arquebuses, de sabres, de poignards et courut à Stadacone.

Un spectacle hideux les attendait.

De loin ils virent briller une flamme à travers la forêt qui bordait le village.

—Ah! s'écria le capitaine avec douleur, nous arriverons trop tard! Lâchez vos arquebuses, faites du tapage pour chasser cette horde de démons que voici là-bas!

Les ordres de Cartier furent exécutés immédiatement, et, tout en précipitant leurs pas, les mariniers firent une décharge qui jeta l'épouvante parmi les Canadians.

Au nombre de plusieurs milliers, ces sauvages entouraient un bûcher sur lequel un homme tout sanglant était attaché à un poteau. Quoique criblé de blessures, environné de flammes, le malheureux dévisageait fièrement ses bourreaux. Il semblait défier leur férocité.