L'eût-il osé, il lui aurait mis sur les épaules un de ces magnifiques manteaux de vison blanc que, plus d'une fois, il avait rapportés des côtes de Terreneuve. Mais à cet égard les ordonnances étaient formelles. Seules les reines et les princesses du sang pouvaient se permettre pareil luxe. En revanche, il lui avait donné une superbe fourrure en petit-gris, que l'on voyait jetée sous son bras gauche, car, malgré la force de la brise, il faisait une chaleur toute vernale, dont on savourait, avec délices, les vivifiantes émanations après une longue et rigoureuse saison de froid.

Penchée mollement sur le garde-corps, Constance suivait, d'un oeil distrait, le ruban de moire argentée que le navire déroulait derrière lui, et agitait nonchalamment dans sa main droite son beau panache, bouquet de plumes d'autruches, qui servait aux dames d'éventail en été et d'écran en hiver.

—Enfin, se disait-elle, je vais être délivrée des importunités de ce pauvre Étienne. Ce n'est certes pas ma faute, à moi, si je ne puis l'aimer! D'où lui est venue la folie de me vouloir épouser? de me demander en mariage à son oncle? Mais, si j'étais unie à lui, je le rendrais malheureux, très-malheureux. Cela est certain. Cependant, il m'eût été pénible de refuser sa main, quand je voyais tout le monde satisfait par cette alliance. Mais à moi, elle ne me souriait pas du tout, oh! non, du tout. Et, n'eût été mon enlèvement hier, j'aurais, vraiment; déclaré net mes intentions à l'heure des fiançailles....

Mon enlèvement! répéta-t-elle à mi-voix et en souriant.

—Que dis-tu là, Constance? demanda dame Catherine, qui avait entendu ces derniers mots.

—Oh! rien, mère; rien, répondit-elle négligemment.

—Tu songes, sans doute, qu'il est bien cruel de quitter ceux que l'on affectionne?

—Bien cruel, en effet; oui, mère, répliqua Constance d'un ton froid.

—Chère enfant, poursuivit dame Catherine, en jetant son bras autour de la taille souple et cambrée de la jeune fille, chère enfant, que j'aurais aimé à voir célébrer tes accordailles avec ce bon Étienne avant son départ! Il me semble que tu ne serais plus aussi seule. Et puis nous serions deux pour soupirer, pour rêver à nos époux absents. La douleur partagée est moins lourde à porter. Mais Dieu ne l'a point voulu. Que sa volonté soit faite! Tout était prêt, hier soir, pour la cérémonie, néanmoins, et sans cet enlèvement, comme tu disais, il y a un instant...

—Ah! mère, regarde donc! s'écria tout à coup Constance à qui cet entretien ne plaisait guère.