«Mais le plancher s'écroula, s'écroula sous ses pieds, et tomba Maharite dans les flammes, dans les flammes dévorantes.
«Où Maharite, la malheureuse Maharite, se rompit les reins et se brûla le visage, se brûla le visage au vif.
«Et, le lendemain, on apprit que Jugon, Jugon le pécheur, avait péri dans la mer, la mer sans fond.
«Et ainsi furent punis par monsieur saint Jean, le sévère monsieur saint Jean, Maharite, la très-coupable Maharite, et son mari.
«Et voilà l'histoire, la triste histoire de Maharite, Maharite la magicienne du roc Quince.»
Comme la sorcière terminait son goerz, d'une voix douce, qui n'était pas sans charme musical, elle achevait aussi la toilette de Constance. Peu à peu, la jeune fille s'était remise de sa stupeur. Elle prêtait une oreille attentive, presque complaisante, au chant de Maharite.
—Allons, mignonne, dit celle-ci en reprenant son ton sarcastique, après avoir fini; allons, à ton tour d'être l'amante et la dupe du roi des ténèbres! Regarde-moi, petite, regarde-moi et n'aie frayeur, car mon visage et mon corps t'annoncent ce qui t'attend!
Bien plutôt tâché de t'y accoutumer. Allons! tu es parée pour les noces, parée des effets de celle qui t'a précédée dans les bonnes grâces de Satan, cours te jeter entre ses bras! Je ne suis pas jalouse, moi; tiens, le voici! ajouta-t-elle avec un rire infernal, en s'enfuyant sur les pieds et sur les mains.
De nouveau, Constance se sentait troublée. La vue de cette femme, à demi folle, dont on discernait encore la grande jeunesse, à travers un honteux fouillis de plaies et de repoussantes infirmités, le récit nuageux qu'elle venait de faire de ses infortunes, le prestige indicible qui environnait alors les personnes soupçonnées de sorcellerie, mais surtout les dernières et cyniques paroles de Maharite, avaient ramené l'agitation, l'effroi dans l'âme de Constance. Aussi ne put-elle réprimer un mouvement et un cri de terreur, lorsque, rentrant dans la première partie de la caverne, elle se trouva tout à coup devant Georges qui, avec son chapeau de feutre, ombragé d'un panache noir, son beau et sombre visage, tout son habillement en velours noir, sur lequel brillait une ceinture d'or, semblait l'incarnation même de cette divinité malfaisante à qui Dieu permettait, suivant les légendes du temps, de parcourir la terre pour y tenter les jeunes femmes et y corrompre les jeunes hommes.
—Déjà prête et toujours ravissante! fit-il avec un sourire vainqueur, mettant un genou eu terre et lui baisant galamment la main. Que ce costume de fiancée vous sied bien! continua-t-il, sans paraître remarquer l'émoi de la jeune fille. Enfin, ma plus aimée, je vais donc toucher au comble de mes voeux! Je pourrai te chérir, t'adorer le jour et la nuit, et nul ne s'opposera désormais à notre bonheur. Ah! si tu savais, ma Constance, tout ce que j'ai souffert depuis hier, tout ce que j'ai souffert tout à l'heure... Mais ne parlons plus de douleurs. Soyons, n'est-ce pas, tout entier à la félicité de nous voir, de nous aimer.