—Quoi! vous n'avez pas compris? Cette robe, cet anneau, ce voile, ne vous ont-ils pas prévenue...?

—Mais, en vérité, je ne sais...

Le jeune homme fît un geste d'humeur.

—N'était-il donc point convenu que nous nous marierions aussitôt que votre tuteur serait parti? dit-il avec amertume. Ne m'aviez-vous pas promis que, le soir de ce jour, vous vous échapperiez pour venir, avec moi, à l'île de Césembre, où un bon cordelier nous unirait? Vous avez la mémoire bien courte, Constance! Pourtant, j'ai tenu ma parole, moi. Après vous avoir fait enlever, hier par mes gens, suivant votre désir, afin de n'être pas fiancée à un homme que vous détestez, j'ai eu le courage, et c'en a été un bien grand, croyez-le, de ne point, parce que vous l'avez voulu, troubler votre solitude dans cette maison abandonnée, où... Mais je m'en veux de ces reproches; pardonnez-les, pardonnez-moi, amie... C'est l'excès de mon attachement pour toi qui me rend jaloux, disputeur... tu m'excuses, n'est-ce pas?... Je me sentais si malheureux, si désespéré, tandis que tu étais à bord de ce navire... près de mon rival... J'appréhendais tant que Cartier n'eût encore la fantaisie de faire célébrer vos fiançailles par quelque chapelain... Il n'en a rien été... Oh! je le sais... Je m'étais transporté sur cette île pour épier... Ah! tu es bonne! et tu m'aimes, n'est-ce pas, Constance?... Mais parle donc! Serais-tu fâchée contre moi? Quel motif!... Si la Providence ne m'avait conduit ici, tu périssais... Oh! rien qu'à cette idée, je me sens glacé... Dis un mot... un seul qui me rassure... Qu'as-tu? Cette toilette, que j'avais fait disposer, à l'avance, ne te plairait-elle pas?... Est-ce que tu es indisposée contre moi?...

Georges avait prononcé ces mots de ce ton mouillé, insinuant, qui caractérise les ardeurs de la passion et pénètre, bon gré mal gré, le coeur de ceux qui l'ont allumée. Aussi, comme à un divin nectar. Constance s'enivrait-elle «aux paroles du séduisant jeune homme, aux magnétiques effluves de son amour. Les doutes, les craintes qui s'étaient élevés dans son esprit, se fondaient ainsi que les brumes du matin sous un rayon de soleil, et, palpitante, ravie, elle dit, en enveloppant Georges dans un regard voluptueux:

—Quoi, doux ami, ce vêtement...

—C'est ton vêtement nuptial, que j'avais fait faire et apporter ici où tu l'aurais mis, avant de nous rendre à Césembre, s'écria-t-il, en enlevant la jeune fille de terre et la pressant avec frénésie contre sa poitrine.

—Laissez-moi! oh! laisse-moi! disait-elle éperdue, abandonnant sa tête alanguie sur l'épaule de son amant.

Et lui:

—La tempête s'apaise; le vent a cessé de gronder; les flots rentrent dans leurs abîmes. Viens, viens, mon ange, mon idole, viens, sautons dans ma barque; rendons-nous à Césembre et soyons unis, heureux pour toujours!