Des Bretons prendre possession d'un pays qu'ils viennent de découvrir, au nom d'un roi de France! non, non! jamais! Le vieux Morbihan n'a pas vu dresser cette croix, où était écrit: VIVE LE ROI DE FRANCE. Il ne l'a pas saluée; il ne la saluera jamais! terr i ben!

Il y eut un moment de calme plat.

—A boire! reprit tout à coup le marin, en essuyant, du revers de la main, une grosse larme qui roulait sur sa joue basanée.

L'hôtelier lui remplit son gobelet et lestement Jean en absorba le contenu.

—Mais que faisiez-vous donc, pendant qu'on élevait cette croix? questionna Lorimy.

—«Ah! ah! répondit vivement le timonier, je ne perdais pas mon temps, moi, da non! Je rôdais dans la campagne, min Gieu, oui! et je trouvais ça, ajouta-t-il en sortant de son bragou-bras un nouveau caillou, veiné de jaune. Oui, je trouvais ça et bien d'autres comme lui! On en remplit plusieurs barriques. Ça valait-il pas mieux que d'ériger des croix pour les Français, hein!»

Tous les assistants firent à l'envi des signes d'assentiment.

—«C'est comme ça, mes gens! acheva triomphalement Morbihan. Quand nous eûmes ramassé de ces pierres d'or, en suffisance, maître Jacques reconnut encore l'embouchure d'un grand fleuve [21]. Mais il avait hâte de revenir et, le 15 août, jour de l'Assomption, après avoir oui la messe, nous démarrâmes de Blanc-Sablon pour Saint-Malo, où, avec l'aide de Dieu, nous avons débarqué, en bonne santé, la nuit passée.»

Note 21: [(retour) ]

A son deuxième voyage, Cartier, comme on le verra plus loin, nomma ce fleuve Saint-Laurent.

—C'est merveilleux, pour le certain, dit Lorimy. Et vous n'avez pas eu d'accident?