Georges s'arrêta, colla son oreille à l'orifice d'un cornet acoustique, habilement dissimulé.
—Bon, murmura-t-il, après avoir écouté un instant; bon, mes lurons chantent et s'ébaudissent avec les ribaudes que j'ai fait venir de Rennes; tout à l'heure, je leur ferai danser la grande danse!
Ayant souri à cette idée, Georges poursuivit son chemin. Quelques pas plus loin, la muraille nue se dressa devant lui. Une corde pendait libre du plafond. Maisonneuve mit sa lanterne dans ses dents, s'accrocha à cette corde et grimpa. Parvenu au point de suspension, il heurta de la tête le plafond qui s'ouvrit. Avec la légèreté d'un chat, Georges s'élança dans l'entrebâillement. Un moment après, il se trouvait dans une vaste pièce qu'on eût pu prendre pour le vestiaire de l'univers. Habillements, équipements, armes, il y en avait pour tous les métiers, pour toutes les nations. On y voyait même quelques costumes africains et asiatiques ou d'origines complètement inconnues.
Ce n'est pas tout. Sur une table longue, une innombrable quantité de pots, fioles, flacons, renfermant des couleurs, des essences, des parfumeries, des fards, depuis l'antique sulfure d'antimoine, jusqu'à la cochenille et à l'orcanette, annonçaient que, dans cette chambre, on pouvait se travestir de la tête aux pieds. Jamais arsenal de coquette ne fut aussi complet. Car les perruques, les coiffures de nuances, de formes diverses ne manquaient pas non plus. Le maquillage moderne y eût été pris d'envie.
Georges portait toute sa barbe. Il se rasa. Ensuite il se débarrassa de son vêtement d'apparat, pour endosser l'accoutrement des gardes du port de Saint-Malo, sur un halecret, à l'épreuve de la balle; mais en se travestissant et se grimant, avec une perfection telle, que nul, même parmi ceux qui le fréquentaient habituellement, ne l'eût reconnu, sa toilette terminée.
Maisonneuve aussitôt tira deux forts verrous et ouvrit une porte. Il entra dans une chambre de médiocre dimension qui devait appartenir à la tour.
Assis devant une table dans cette chambre, un homme nettoyait la batterie d'une arme récemment inventée à Pistoia, en Toscane, ce qui lui valut d'abord le nom de pistole, puis de pistolet.
Cet homme était le pêcheur que nous avons entrevu à l'auberge de Monsieur Saint Anthoine. Seulement, il avait, lui aussi, opéré une métamorphose, en s'affublant des haillons d'un pillawer, sorte de chiffonnier breton.
—Eh bien, Eric? demanda Georges, en refermant avec précaution la porte sur lui.
—Eh bien, marquis, tu peux te vanter d'avoir du flair! Mais quelle raffinerie dans ton déguisement! Tu es méconnaissable. N'était le son de ta voix...