Le cutter était amarré au flanc d'une frégate de guerre, dont les sabords béants montraient la bouche de vingt canons du plus fort calibre.

Comme le Wish-on-Wish, elle était entièrement noire, avec tous ses cordages et tous ses agrès.

Une seule chose tranchait effroyablement sur cette masse d'ébène.

C'était à l'éperon une figure gigantesque, représentant un requin, la gueule grande ouverte, peinte en rouge sanglant, et servant d'embrasure à une caronade énorme.

Cette monstrueuse machine roulait sur un pivot, ce qui donnait la faculté de lancer ses projectiles destructeurs soit en avant, soit à gauche.

Des espèces de meurtrières, pour des couleuvrines avaient de plus été percées tout le long du bastingage, dans les espaces laissés libres entre les canons.

Ce bastingage était fort élevé. Il permettait de tirer à couvert, même de la batterie supérieure ou barbette.

Des pointes en fer de deux pieds de long, sorte de chevaux de frise, hérissaient le plat-bord et en rendaient l'accès fort difficile. Au moyen d'un mécanisme ingénieux, on avançait, on faisait disparaître en un clin d'oeil, soit en partie soit en totalité, ce rempart de baïonnettes, que les hommes du bord appelaient le Porc-épic.

Aucun nom ne paraissait à la proue ou à la poupe de leur navire, mais ils le nommaient le Requin.

Au point de vue de l'architecture navale, impossible de trouver un bâtiment plus solide à la mer, plus docile au gouvernail, plus souple à la voilure; impossible d'en trouver un qui unît autant d'élégance à autant de force et d'ardeur.