Quoique assez pénétrante, madame Stevenson ne sut pas apprécier le major Guérin. Elle le prit pour quelque fruit sec d'une école de médecine qui, sans ressource et sans client, avait choisi la piraterie comme un excellent moyen de bien vivre en travaillant le moins possible.

Les attentions—un peu équivoques, il est vrai,—qu'il eut, tout d'abord pour sa domestique, achevèrent de le démonétiser dans l'esprit d'Harriet.

Le jugement de la jeune femme eût pu se résumer ainsi.

—C'est un rustre, un idiot, un ivrogne, un libertin!

Quelle est la femme qui pardonne à un homme les égards qu'il a eus pour une autre femme, en sa présence, surtout si cette dernière semble à la première d'une condition inférieure à la sienne?

Aussi le major Guérin, ayant offert son bras à madame Stevenson, pour descendre l'escalier qui conduisait sur le pont, elle le refusa sèchement par cette épigramme:

—Merci, monsieur; adressez vos bons offices à ma servante! elle en a plus besoin que moi.

—C'est juste, dit le docteur, très-juste, madame, cette pauvre petite est encore faible; je vais l'aider.

Et il prit décidément le bras de Kate, qui en devint toute rouge.

Harriet les suivit d'un air dédaigneux.