Déjà le cimetière se vidait; déjà ceux qui avaient pris part aux obsèques perdaient leur air grave et recueilli, et s'entretenaient complaisamment des qualités et des défauts du défunt.

Et, pelletée par pelletée, la terre, la froide terre, tombait, s'entassait avec un bruit sourd, caverneux, monotone, sur le corps du malheureux Bertrand.

Un quart d'heure après, un petit tertre et une croix de bois noir marquaient seuls la place où il gisait.

Le comte Arthur Lancelot arriva dans la soirée de ce jour à Halifax.

On lui apprit la lin prématurée du fils de M. du Sault.

Cette nouvelle le frappa comme un coup de foudre. Il pâlit, chancela, et serait tombé si on ne l'avait soutenu. Mais cette révolution passa, en apparence, avec la rapidité de l'éclair. Le comte se remit de son émotion, causa un moment de Bertrand, comme d'un ami sincère dont la perte l'affligeait vivement, sans toutefois le désespérer, et il regagna la maison qu'il occupait dans la ville.

Chez lui, sa douleur éclata encore; elle y éclata avec une véhémence navrante. Il s'arracha les cheveux, se tordit les mains, se roula sur le parquet, poussa des cris déchirants, jusqu'à ce que des larmes abondantes vinssent le soulager. Calmé par cette rosée salutaire, Arthur Lancelot sortit, il se fit conduire au cimetière, tomba à genoux sur la tombe de Bertrand et pria longuement.

Le crépuscule étendait ses ombres sur Halifax, quand il se releva.

Il était en proie à une excitation fiévreuse.

—C'est décidé, murmura-t-il; il faut que je le voie… Cette nuit…
Oui, cette nuit…