LE MASQUE DE SOIE

PROLOGUE

LA FUITE

Les deux époux restèrent seuls.

Durant ce dernier repas de chasse, où il devait dire adieu aux aimables folies de la jeunesse, suivant son expression, M. de Grandfroy avait fait des libations inaccoutumées.

Ses yeux étaient rouges, son teint animé, ses lèvres ardentes.

Il quitta son cigare, le jeta au feu, et, s'établissant sur le canapé où
Clotilde travaillait à une tapisserie:

—Palsembleu! ma chère, lui dit-il, vous êtes ravissante, ce soir. Jamais je ne vous vis si belle; les lys et les roses de votre visage effacent les fleurs les plus parfumées; je me sens rajeuni à cet aspect adorable, et je voudrais n'avoir que vingt ans pour jouir de la charmante perspective d'un demi-siècle à passer près de vous.

Avec ces paroles de goût équivoque, et ponctuées d'un regard dont la signification n'était guère douteuse, M. de Grandfroy se pencha vers Clotilde, et essaya de lui dérober un baiser.

Mais la jeune femme fit un mouvement dans le sens opposé, et le baron, perdant son équilibre, roula du canapé vers le garde-feu.