—Est-ce tout?… Voyons… Non, nous aurons encore besoin de cordes.

—Oui, maître.

—C'est bien.

—Oui, maître.

—Va!

—Oui, maître, répondit le serviteur évoluant sur les talons avec la précision d'un vieux troupier.

—Ah! se ravisa le comte, à minuit tu frapperas à ma porte.

—Oui, maître.

Ces deux mots, changés quelquefois en «non, maître,» étaient les seuls qu'on eût jamais entendus sortir de la bouche de Samson. Aussi les curieux, qui avaient tenté de le séduire, pour en tirer quelques informations sur le comte, disaient-ils que c'était un automate ambulant. Ses pas étaient, du reste, toujours comptés, toujours mesurés; ses mouvements avaient la régularité d'une horloge; sa vois conservait toujours la même inflexion. C'était une note brève et sèche, laquelle fatiguait, irritait l'oreille par son uniformité.

Jamais on n'avait vu Samson en colère. Cependant, il ne laissait pas facilement approcher du comte. Plus d'un indiscret, plus d'un importun avaient été méthodiquement appréhendés au corps par l'Hercule et aussi méthodiquement lancés à cinq, dix, quinze ou vingt pas, suivant le degré d'ennui qu'ils avaient causé audit Samson. Les larmes lui étaient étrangères; le rire lui était inconnu. D'émotion, il ne paraissait pas susceptible. C'était une surface de bronze qui ne laissait rien percer de ce qui s'agitait derrière.