Elle n'apprit rien, sinon que les pirates, assaillis par trois navires de la marine royale, avaient couru grand risque d'être capturés, mais que le Wish-on-Wish, dépêché à la recherche du Caïman, ayant ramené ce vaisseau, la fortune s'était retournée du côté des Requins de l'Atlantique.
Ils avaient coulé un des bâtiments anglais, fait sauter l'autre, incendié le troisième.
Qui les commandait? Quels étaient leurs officiers? D'où venaient-ils?
Ces questions demeuraient sans réponse.
Privée des galanteries du major Vif-Argent, et après avoir dépensé infructueusement, un nombre incalculable d'oeillades incendiaires, en faveur du patron du cutter, Catherine devint morose, revêche, insupportable à sa maîtresse et à elle-même.
Pour comble d'infortune, les beaux jours s'éclipsaient dans les brumes de l'Océan, et madame Stevenson envisageait avec horreur la perspective d'un long hiver dans cette contrée sauvage, lorsqu'un matin, elle fut réveillée par le petit canon du Wish-on-Wish.
—Le commandant arrive!
La nouvelle, portée de bouche en bouche, arriva bientôt à son oreille.
—Je le verrai cette fois, je veux le voir, lui parler! s'écria la jeune femme, en sautant hors de son lit.
Malgré son abattement moral, elle avait toujours mis un soin minutieux à sa toilette.
Ce jour-là, elle s'habilla avec toute la coquetterie possible. Et, vraiment, elle put se dire, sans vanité, en interrogeant son miroir, qu'il serait aveugle ou idiot l'homme qui ne l'admirerait pas.