—Madame, lui dit-il, vous passerez l'hiver ici. Il sera pourvu à ce que vous y soyez aussi bien que possible.

Ce début ranima la hardiesse de la jeune femme. Elle s'était promis de jouer le tout pour le tout. Elle lança intrépidement son enjeu.

—M. le comte Arthur Lancelot, répondit-elle avec une ironie mordante, pourriez-vous me dire depuis quand un galant homme enlève brutalement une femme, la traîne dans un navire, à la merci d'une canaille éhontée, et se permet de disposer d'elle comme d'une chose…

—Madame, interrompit le capitaine avec plus d'aigreur qu'il n'en aurait voulu montrer, les récriminations sont superflues. Le comte Arthur Lancelot, puisque vous savez mon nom, agit comme il lui plaît. Il ne rend raison de ses actes à personne. Sa volonté fait la loi. Vous êtes restée assez longtemps près de lui pour l'apprendre. Mais si vous avez besoin d'une confirmation plus positive recevez-la par sa bouche.

—Oh! vous ne tiendrez pas toujours ce langage, misérable forban! s'écria-t-elle avec rage.

—Madame! madame! supplia Kate en la tirant par sa robe pour l'engager à ne point irriter celui qui disposait de leur sort.

—A quoi bon des menaces ou des injures! fit-il en haussant les épaules.
N'ai-je pas votre vie entre mes mains?

—Eh bien, prenez-la donc! prends-la, monstre! dit-elle, en se jetant sur lui, pour lui arracher son masque.

Le bras de Samson, masqué comme le capitaine, l'écarta rudement.

—Ne lui fais point de mal, dit Lancelot.