Et il lui prit la main.

—Laissez-moi, monsieur, laissez-moi, je vous prie! dit Clotilde d'un ton suppliant.

—Vous laisser! fit le baron en lui roulant des yeux qui voulaient être tendres et n'étaient que lubriques; vous laisser! Mais si je vous laissais, vous diriez que je suis le plus grand sot du monde, et vous auriez mille fois raison. Allons, rasseyez-vous, mon ange, et faisons la causette comme de bons époux. Eh! je ne suis ni aussi vieux, ni aussi cassé que j'en ai l'air. Demandez à nos amis: à peine pouvaient-ils me suivre à la chasse, aujourd'hui. Et soyez sûre que si je renonce à ce plaisir, ce n'est point par impuissance: c'est afin de vous consacrer désormais tous mes instants! Nous autres hommes nous n'avons point d'âge, voyez-vous, et tant que nous possédons de la vigueur, ô souveraine des Grâces…

Tout en parlant, M. de Grandfroy s'efforçait d'amener doucement la jeune femme sur ses genoux. Clotilde se laissa d'abord rapprocher sans trop de résistance; mais dès qu'elle découvrit le dessein du baron, elle recula précipitamment.

Il la retint avec force.

—Vous me faites mal! vous me brisez les doigts! dit-elle.

—Oh! la petite folle, la petite folle, prononça-t-il en riant et en allongeant son autre main pour la ressaisir par la ceinture.

—Je vous dis que vous me faites mal, et je vous ordonne de me lâcher ou j'appelle vos gens, s'écria Clotilde irritée.

Ses sourcils s'étaient froncés et elle tendait le bras vers le cordon d'une sonnette.

Le baron profita de ce qu'elle avait détourné la tête pour l'étreindre brusquement, l'enlever du parquet et la placer sur ses genoux.