—De quels pirates a donc parlé Son Excellence? demanda une jeune femme placée à côté de Bertrand, qui faisait face à sa soeur et au comte Arthur.
—Des Requins de l'Atlantique, madame, répondit l'enseigne.
—Les Requins de l'Atlantique! qu'est-ce que cela?
—Oh! fit Lancelot, en souriant, des fantômes introuvables, qui ont, je crois, pris naissance dans l'imagination des habitants de la colonie.
—Des fantômes, monsieur! dites des monstres à face humaine! s'écria un officier d'infanterie, assis vis-à-vis du comte.
—Bah! riposta légèrement celui-ci, des illusions.
—Illusions qui nous coûtent cher, repartit l'officier, avec aigreur. Depuis deux ans, elles nous ont volé plus de vingt navires, ces illusions!
—Comment! comment! demandèrent plusieurs personnes.
—Oh! c'est simple, c'est-à-dire atroce, reprit l'officier. Les requins de l'Atlantique, auxquels Monsieur—et il désigna ironiquement Lancelot—affecte de ne pas croire, sont des brigands retranchés dans les îles du golfe, et qui capturent les bâtiments du commerce que la mauvaise chance pousse dans leurs parages. Ce sont des lâches qui massacrent les équipages, violentent les femmes, égorgent les petits enfants…
—Ne les mangent-ils pas aussi, capitaine Irving? dit le comte avec un rire moqueur.