—Ce sera pour demain, dit le secrétaire intime de sir George, qui le remplaçait en son absence. Maintenant, je propose un tour de promenade avant le bal.

Tout le monde se leva de table.

La plupart des convives descendirent, deux à deux, dans les jardins. Mais quelques-uns, parmi lesquels se trouvait Bertrand du Sault, qui n'était pas encore assez bien rétabli pour s'exposer au serein, restèrent dans les salons de jeu.

Ces salons ouvraient sur des bosquets illuminés avec des verres de couleurs, somptuosité nouvelle dans la colonie.

Le bal devait avoir lieu sous les bosquets.

Vers dix heures, il commença au son de la musique militaire. Le comte Arthur Lancelot dansa le premier quadrille avec Emmeline, et l'un et l'autre dansaient dans la perfection. Aussi un cercle de curieux s'était-il formé autour d'eux. Mais le jeune homme paraissait insensible à leurs murmures admiratifs; ses regards étaient attachés sur Bertrand qui faisait une partie de bluff avec le capitaine Irving.

—Vous trichez, dit tout à coup l'enseigne à son adversaire, qui venait de glisser furtivement une carte dans le jeu.

—Vous en avez menti, répondit la capitaine d'une voix sifflante.

Bertrand lui jeta ses cartes à la face.

Cette scène avait été rapide. Personne n'y avait pris garde. Seul,
Arthur Lancelot l'avait vue.