—Encore une fois, monsieur, je vous en conjure, laissez-moi m'en aller, reprit la jeune femme en adoucissant le timbre de sa voix.

—Non, répondit-il sèchement, non, vous ne vous en irez pas ainsi. Pendant une année, j'ai joué le rôle de niais; c'est assez. Il faut que cela finisse. Imaginez-vous, madame, que je vous ai épousée par amour platonique? que je vous ai constitué cinquante mille livres de rentes pour passer ma vie à vous admirer comme on admire une peinture ou pour faire généreusement cadeau de vos charmes à mes amis…

—Monsieur! exclama Clotilde blessée jusqu'au fond du coeur par ce trait, vous êtes indigne…

—Ta, ta, ta, des grands mots!

—Oui, vous êtes indigne du titre de gentilhomme. Vous traitez votre femme comme une courtisane, c'est infâme!

—Ma femme! mais est-ce que vous l'êtes, ma femme? ricana-t-il. Nous sommes mariés, voilà tout.

—Eh! que m'avez-vous promis en nous mariant?

—Bah! des promesses qui n'en sont pas.

—Si vous oubliez, monsieur, moi je n'oublie pas. Vous m'avez épousée contre mon gré; j'en aimais un autre…

—Madame!… tonna M. de Grandfroy.