Une jolie pelouse, très-unie, borde l'abîme.
Le capitaine Irving était déjà sur le terrain avec deux officiers de son régiment.
Les quatre personnages se saluèrent courtoisement.
Les armes furent tirées au sort; le capitaine eut l'avantage; il se décida naturellement pour celles qu'il avait apportées et qui étaient fort lourdes. Comme il était très-vigoureux, et comme la main fluette de son adversaire ne paraissait pas douée d'une force bien grande, il avait choisi, dans sa collection et celle de ses amis, les sabres les plus pesants qu'il put trouver.
C'étaient des lames droites, dont on pouvait également se servir pour la pointe et la contre-pointe.
—Est-ce au premier sang? demanda l'un des seconds.
—C'est à la mort? répliqua le capitaine en brandissant son espadon.
—Eh bien! prenez vos positions, dit un autre témoin.
—Avant de commencer, messieurs, permettez-moi de vous dire, prononça le comte, que quelle que soit l'issue de la lutte, je quitterai Halifax aussitôt après, si elle ne m'est pas fatale.
—Oh! soyez tranquille, s'écria Irving d'un ton féroce, vous avez terminé votre dernier voyage terrestre, mon petit monsieur; et si vous n'êtes pas préparé pour celui de l'autre monde…