Aussitôt ils se laissèrent glisser en bas de la côte. La troupe ennemie y arriva au moment où ils venaient de se jeter dans leurs embarcations.

—Au navire! c'est au navire qu'il faut nous rendre! dit Dubreuil.

—Les ours nous y suivront!

—N'importe! Nous nous défendrons. Partout ailleurs ils nous atteindraient, ou le reflux nous emporterait vers la haute mer, ce qui serait tomber d'un péril dans un autre.

La Toutou-Mak était mouillée à un demi mille de la plage. On n'avait pu l'approcher plus près, à cause des glaçons dont le fond de la baie était encombré.

Le chemin était difficultueux pour un canot entre ces glaçons. Les ours, qui s'étaient précipités à la mer sans hésiter, gagnèrent sur les kaiaks. Peu s'en fallut même que celui de Dubreuil ne fût rejoint et coulé par un des carnassiers.

Il levait déjà sa lourde patte, aux griffes acérées, sur le mince esquif, quand Triuniak le frappa à la tête d'un coup de pagaie, qui tourna contre l'Esquimau la fureur de l'animal.

Pour s'y soustraire, le Groënlandais quitta son canot et sauta sur un glaçon. Stupidement, comme l'avait deviné Triuniak, l'ours passa sa rage sur le kaiak qu'il déchira en morceaux.

Pendant ce temps, l'indien, se faisant un radeau du glaçon, arrive au navire où Dubreuil l'a précédé, monte sur le pont, et prend position près de son ami.

—Voilà, dit gaiement le capitaine, une compagnie dont nous nous serions volontiers privés.