L'Indien guettait ce moment, comme le carcajou guette sa proie.
D'un élan il fut sur pied, sa flèche serrée dans la main droite; d'un autre, l'arme fut plantée sur la poitrine du Français. Mais celui-ci avait amorti le coup en le parant avec son bras. Le dard glissa sur les côtes, et Dubreuil, étreignant le sauvage par la taille, le renversa à terre.
Un moment ils roulèrent comme deux serpents entrelacés.
Baignés de sang, la respiration haletante, se martelant des mains, des pieds, de la tête, ils luttèrent pendant plus de cinq minutes, sans que la victoire parût tourner d'un côté plutôt que d'un autre. Si le capitaine était plus robuste le Groënlandais était plus agile; si le premier était moins grièvement blessé, l'autre avait l'habitude de ces combat corps à corps, et peut-être aurait-il fini par triompher de son antagoniste; mais une idée le préoccupait: c'était de retirer de sa botte un couteau placé dans une gaine cousue à la tige, suivant la coutume esquimaue.
Cette pensée le perdit: car, ayant dégagé une de ses mains, il n'eut plus la force de contenir avec l'autre Dubreuil, qui le coucha sous lui, et, d'un foudroyant coup de poing en plein visage, lui fit perdre connaissance.
Aussitôt, le capitaine lia les pieds de l'Indien avec la corde de l'un des arcs, puis il retourna son corps inerte, et avec la corde de l'autre arc lui attacha solidement les poignets derrière le dos.
Après cette double opération, Dubreuil ouvrit sa pelisse examina sa blessure.
Elle était sans gravité.
Laissant Kougib, toujours insensible, derrière le monticule de glace et de neige fondante où cette scène s'était passée, il reprit le chemin du campement, dont il était à une distance assez grande.
A son arrivée, il trouva Triuniak inquiet de son absence et qui le cherchait aux environs.