—Songeons plutôt à manger, répondit Triuniak, qui retirait la broche du feu.

Le morceau était à moitié cuit. Ils ne le dévorèrent pas moins avec avidité.

Lorsque leur modeste repas fut achevé, le Groënlandais reprit, en s'essuyant les doigts avec sa langue, en guise de serviette:

—Le brouillard se dissipe, je vais explorer le pays. Toi, mon fils, ne bouge pas de celle caverne et éteins le feu, dès que tu remarqueras que le temps s'éclaircit, car la fumée pourrait te trahir.

—Sois tranquille, répondit Dubreuil en s'allongeant sur le roc pour achever de reposer ses membres courbatus.

—Si tu avais besoin de moi, tu ferais entendre ce cri du faucon que je t'ai appris à imiter. En tout cas, que ton couteau soit à ta portée.

—Mais quel est ton dessein? fit Guillaume.

—Je ne puis rien dire encore. Les circonstances me décideront. Quand je vins ici, il y a quinze hivers, je me liai d'amitié avec un grand chef. J'essaierai de le retrouver. S'il existe, son affection pour moi prévaudra contre toutes les intrigues du misérable Kougib.

—Et s'il n'existait plus?

—Ne te tourmente pas, mon fils, tu me reverras avant le coucher du soleil, fit Triuniak sans répondre à la question du capitaine.