Ce sommet s'appuyait sur le lac, et l'une des lignes courait le long du fleuve; celle-ci était, de distance en distance, percée par des ouvertures; mais l'autre était pleine d'un bout à l'autre.
Ces barrières avaient été construites par les Boethics, pour faciliter la chasse. A l'affût dans leurs canots, les uns au sommet de l'angle, les autres aux ouvertures sur la rivière, ils attendaient et tuaient à coups de flèche ou de lance les animaux que leur rabattaient, à grands cris, les femmes, les enfants et les chiens, partis en avant et revenant vers le lac en poussant le gibier entre les barrières.
La quantité détruite de cette manière est souvent fabuleuse.
Aussitôt arrivés, les Boethics se mirent en chasse. Dubreuil fut dépêché à l'extrémité inférieure de la clôture.
Il était à son poste depuis quelques jours, se félicitant de ses succès, car il avait porté bas une douzaine d'orignaux pour sa part, et attendant avec impatience le moment de retourner près de Toutou-Mak, lorsque retentit près de lui un cri qui avait fréquemment résonné dans ses rêves, agité ses pensées:
—Le blanc! le blanc! les blancs reviendront. Je l'ai prédit, ils reviennent.
Le capitaine se retourna.
C'est le sauvage qu'il a aperçu l'année précédente près du lac aurifère, et qui détale à toutes jambes.
Dubreuil se met à la poursuite. Cette fois, il l'atteindra, il en fait le serment.
Le soleil était à peine au tiers de sa course. Dubreuil marcha toute la journée sans pouvoir rejoindre son homme. Sur le soir, il campa au bord du fleuve, déterminé à recommencer le lendemain, car il n'avait pas cessé de suivre la piste de l'inconnu. Mais le lendemain, il s'aperçut que les traces disparaissaient dans un amas de pierres et de roches, au bord de l'eau. Le Machigonis était fort large à cet endroit, et la marée y montait à plus de dix pieds de haut.