Elle était vraiment gracieuse, la jeune Toutou-Mak, malgré les larmes qui coulaient en ruisseaux le long de ses joues, et malgré un matachiage[4] figurant deux menues lignes noires au-dessus des sourcils, et trois ou quatre semblables à chaque coin de la bouche, comme les barbes d'un chat.

[Note 4: Sorte de peinture usitée parmi les Américains du Nord.]

Elle avait l'oeil bleu, brillant, bien fendu, le nez légèrement aquilin, les lèvres petites, d'un aimable contour, le teint clair, presque rose, et une merveilleuse chevelure aussi noire que des fanons de baleine, qui, déployée, tombait sur ses talons.

Le tatouage lui donnait une physionomie féline, nullement messeyante.

Cette jolie tête était encadrée par de magnifiques rogigla, tresses de cheveux flottant de chaque côté et attachées par des lanières de peau de daim roulées en spirale; elle reposait sur de larges épaules nouées à un buste svelte, dont une casaque de peau de renne, bordée de duvet de cygne et étroitement serrée à la naissance de la taille, faisait admirablement ressortir la cambrure. Le pantalon était en cuir d'élan, couleur chamois, brodé aux coutures et agrémenté avec des bandes de vison. Des bottes, doublées en peau de lièvre aussi blanche que la neige, emprisonnaient son pied mignon.

A ses oreilles pendaient deux de ces grosses perles qu'on trouve en abondance dans les criques de la côte groënlandaise.

—Ah! jamais mon frère n'y pourra rien, dit-elle en détournant le visage pour essuyer ses pleurs.

—Toutou-Mak doute-t-elle de mon pouvoir?

Nème! nème (non, non)! Je sais qu'Innuit-Ili est puissant, bien puissant, que sa force et son adresse dépassent celles des Uski; mais il ne peut rien pour la pauvre Toutou-Mak.

Après ces mots, les gémissements recommencèrent.