Aussitôt, les deux chasseurs se mirent à sa poursuite: à la furie muette des chiens, car dans l'Amérique du Nord ces animaux n'aboient pas, le renne répondit d'abord par un cri de défi. Leste sur ses jarrets d'aciers, il bondissait avec une merveilleuse agilité, faisait deux ou trois cents pas, puis s'arrêtait, se retournait fièrement et avait l'air de provoquer la meute. Mais, au bout d'une heure de ce manège, comme les molosses ne quittaient pas ses brisées, il se décida à prendre un grand parti.

En ce moment, la chasse parcourait les rampes d'une montagne escarpée qui s'élevait par gradins à pic.

Triuniak, monté sur un des degrés supérieurs, tâchait de devancer le renne pour le tirer du haut d'une pointe de rocher, tandis que Guillaume Dubreuil suivait et appuyait les chiens.

Ce qu'avait prévu l'Uski arriva. La bête vint se heurter contre un mur de granit. Il fallait ou sauter plus bas, ou faire tête à la meute. Le renne se retourna pour juger de la force de ses ennemis, et pendant qu'il calculait ses chances d'évasion, en fouillant avec fureur la terre de son sabot, Triuniak lui décocha un flèche qui le perça au défaut de l'épaule.

Le noble quadrupède tomba, et les chiens se ruèrent sur lui comme des loups affamés.

—Prends garde à toi, mon frère, il n'est pas encore mort, cria le
Groënlandais à Dubreuil, accourant à toutes jambes.

Mais, déjà, il était trop tard; le renne s'était relevé, comme mu par un ressort, et s'était jeté, en poussant une plainte déchirante, sur le capitaine, qu'il renversa d'un coup de sa terrible ramure.

Triuniak s'élança vers le jeune homme qui gisait horriblement mutilé près du corps expirant du monarque des montagnes groënlandaises.

Tant bien que mal il pansa ses blessures, l'installa sur son traîneau et revint à marches forcées au village.

En y arrivant, le pauvre père apprit que Toutou-Mak, sa fille chérie, avait disparu depuis la nuit de son départ.