[Note 13: C'est à cette île qu'on donne à présent le nom de
Terre-Neuve.]
—Baccaléos! fit Dubreuil tressaillant et passant les mains sur son front, comme pour évoquer des souvenirs; j'ai déjà entendu prononcer ce nom… oui… par des pêcheurs normands, ajouta-t-il en aparté.
—Les hommes rouges, dit le vieillard, m'ont rapporté avoir vu des hommes blancs comme toi, avec qui ils avaient échangé du poisson contre des ustensiles de même matière que les boutons de l'habit que tu avais en arrivant chez nous. Des hommes blancs étaient, disaient-ils, montés sur des konè[14] aussi hauts qu'une montagne de glace et aussi grands qu'une baleine.
[Note 14: Le plus grand canot des Esquimaux. Ils s'en servent pour la pêche de la baleine.]
—Mais baccaléos n'est-il pas le nom d'un poisson? s'enquit le capitaine Guillaume, prêtant une attention de plus en plus vive à ces renseignements.
—Oui, c'est le nom d'un poisson long comme une flèche, à grosse tête, couvert d'écailles grises sur le dos, blanches sous le ventre, avec des taches jaunes. Il fraie quelquefois dans nos baies, mais rarement.
—La molue[15] pensa Dubreuil, la description est parfaite.
[Note 15: Nom donné autrefois à la morue.]
—On le prend sur le bord de la mer, en quantités si considérables qu'une seule pêche suffirait pour nourrir tout notre village pendant une saison.
—Mais l'île est-elle vaste?