Jusque-là, pour un marin expérimenté, le danger n'était pas extrême.
Mais les rafales sèches, stridentes, ne tardèrent pas à fondre sur le malheureux navire. Elles le martelaient à droite, à gauche, en avant, en arrière, partout. On eût dit qu'elles voulaient le fracasser, le réduire en pièces. Avec elles, l'Océan se prit à pousser des rugissements atroces, et à déferler sur la poupe et la proue de la Toutou-Mak avec une rage telle que Dubreuil fut obligé de quitter sa place, de peur d'être emporté par l'ouragan.
Du reste, le gouvernail ne fonctionnait plus. La nuit était si noire qu'on ne voyait pas d'un bout du vaisseau à l'autre; le naufrage, la mort paraissaient inévitables.
Dans la cabine régnait une obscurité profonde, et il y avait déjà un demi-pied d'eau.
Triuniak chantait au milieu des ténèbres, mais son chant était lugubre.
C'était comme la prière des agonisants.
—Torngarsuk n'a pas voulu protéger le voyage d'Innuit-Ili, dit-il au capitaine.
—Implore plutôt le Dieu des blancs et laisse là ton idole! répondit sèchement Dubreuil.
Alors, il s'aperçut que l'eau haussait dans la cabine.
—Vais-je me laisser abattre? s'écria-t-il, vais-je périr faute d'essayer de me sauver? Non. Je ne serais plus moi. Aide-toi, te ciel t'aidera!
L'Esquimau continuait son antienne.