[Note 19: D'après Charlevoix, nom de la première femme et génie du mal.]
—Un rival! s'écria Jacques.
—Un rival puissant, par ses charmes et ses maléfices, répéta la magicienne avec exaltation. Viens!
Le saisissant par le bras, elle l'entraîna vers l'âtre, attisa le feu, et plaça au-dessus une chaudière en fer battu qu'elle remplit d'eau. Ensuite, elle jeta dans la chaudière une poignée d'abesoutchenza[20] (gin-seng), et d'autres plantes médicinales dont elle surveilla la cuisson, en observant les globules qui montaient à la surface de l'eau. La décoction lui ayant paru suffisante, elle plongea trois fois ses mains dans le vase, les éleva en l'air, les joignit, en trépignant comme un énergumène, et poussa des cris affreux.
[Note 20: Nom qui veut dire enfant et qui appartient à une plante, dont la racine ressemble à un embryon.—On attribue à cette plante des propriétés médicinales extraordinaires. Les botanistes l'appellent Aureliana canadensis.]
A ces cris, les chiens mêlèrent leurs rauques aboiements, et bientôt ce fut, dans la hutte, un charivari infernal.
Le tumulte apaisé, l'Iroquoise puisa dans la chaudière avec une écuelle en bois, et tendit le breuvage à Jacques.
—Bois, mon frère, bois, lui dit-elle. Par sa vertu magique, que m'a enseignée Malcomek, l'esprit des hivers, l'abesoutchenza purifiera ton corps de toutes ses souillures, et ton âme s'élancera, à travers l'espace infini, dans les prairies où habite Ouahiche.
—Boire ça! fit Jacques, sans déguiser sa répugnance.
—Bois, mon frère, bois! Le temps s'écoule, emportant, parcelle à parcelle, les lambeaux de l'existence, comme la bise emporte, une à une, les feuilles de l'érable.