—Oui, ma mère! la présence de Jacques ici… à cette heure, en compagnie d'une sauvagesse, m'effraie. Tenez, ils partent ensemble!
—Seigneur, Dieu! tu t'effarouches comme une tourte devant un milan, et pour rien encore!
—Fermons le châssis, je vous en prie, et allez réveiller Pierre, car je prévois de terribles maux. Cet homme, ce Bourgeot… Oh! à présent, je comprends sa conduite avec moi depuis huit jours!
—Qu'est-ce que tu me chantes-là?
—Oui; lui ordinairement si doux, si obéissant; il est devenu tout à coup sombre, aigre! Il m'a questionnée, m'a menacée… Oui, oui, je comprends tout… tout maintenant! Mais dépêchez-vous, ma bonne mère; dites à Pierre que je veux lui parler.
—Qu'y a-t-il donc? demanda le blessé, en s'accoudant sur son lit.
Qu'avez-vous, mademoiselle? votre visage est décomposé…
—Rien, je n'ai rien. Ne vous inquiétez pas, balbutia la jeune fille, d'un ton qui démentait le sens de ses paroles.
—Cependant… essaya encore Alphonse, appréhendant quelque sinistre.
L'arrivée de Pierre Morlaix, qui accourait à demi vêtu, coupa court à ce dialogue.
—Ah! mon ami, dit la jeune fille, entraînant le charretier dans un coin de l'appartement, je crois qu'un grand malheur nous menace.