Mais, désireux de lui épargner de la peine quoi qu'il lui en coûtât, au moyen d'un tiers, M. Jobinet commanda à Angèle divers ouvrages de couture qu'il lui paya fort cher et revendit ensuite à vil prix.
Cette délicate supercherie eut l'effet qu'il en attendait. Au lieu de végéter, comme la plupart de ses compagnes qui gagnent difficilement assez pour subvenir aux frais de leur entretien, Angèle vivait dans une abondance presque luxueuse.
XV
Maintenant que nous avons esquissé les relations de quelques-uns de nos personnages avec M. Jobinet, retournons à la calèche qui arrive au village de la Côte-des-Neiges.
L'aurore se levait derrière un rideau de lourds nuages noirs, et quelques grosses gouttes de pluie commençaient à tomber.
Angèle dirigea la Grise dans une étroite allée encaissée entre des haies d'aubépines, et, bientôt, longea une clôture formée par d'épais buissons artistement taillés.
Derrière la clôture, on apercevait un vaste jardin potager borné au sud par une charmante maison de campagne.
—Attendez une minute, dit la jeune fille en arrêtant près de la porte de la clôture.
Elle sauta à terre, ouvrit la porte simplement fermée par un lien d'osier, et s'avança vers une fenêtre de l'habitation. Au moment où elle atteignait cette fenêtre elle s'ouvrit, et un homme montra sa tête.
—Comment! est-ce possible? vous, mon enfant!