Notre brave jeune homme n'avait pas été grièvement blessé. A son évanouissement il devait la vie; car un lambeau de toile étant tombé sur son corps, peu après sa chute, et l'ayant recouvert, les forbans n'avaient plus pris attention à lui.
En recouvrant la connaissance, il se sentit très-faible, mais, à mesure que ses forces revenaient, sa mémoire se faisait jour.
Il se traîna à sa cabine, où par bonheur il trouva quelques provisions négligées par les bandits.
Il mangea modérément et retourna se coucher sur le couronnement.
Deux jours après, un bateau-pilote le recueillait et le transportait à
Halifax.
Il écrivit aussitôt à son père.
La perte successive de plusieurs bâtiments avait ruiné celui-ci, qui répondit qu'il partait pour les Grandes-Indes afin d'y tenter fortune.
Désormais Charles était sans ressources. Mais il était plein de force et d'énergie. L'adversité le trouva inébranlable.
S'étant rendu à Québec, il y entreprit un petit commerce et se maria avec une Canadienne.
Elle était belle et aimante. Durant quelques années, Charles jouit d'une félicité sans nuages.