»D'aventure, une goélette éloignée d'un demi-mille environ, et nageant dans les mêmes eaux que nous, se gréait pour nous inviter à une joute. Inutile de vous dire que toujours nous acceptions le défi avec enthousiasme. C'était un incident agréable au milieu de l'ennui qui nous dévorait.
»Car c'est une chose triste que de n'avoir rien à faire du matin au soir! La monotonie des scènes pèse sur l'esprit d'un poids de plomb, et, pour mon compte, je crois que je n'aurais jamais le courage de demeurer six mois sur un bâtiment pris par un calme plat.
»Enfin, notre maître-queux, qui était toujours au guet, signala un banc de maquereaux. Je vous laisse à penser si la nouvelle fut accueillie avec des transports d'allégresse.
»Les lignes furent tendues en un clin d'oeil; le poisson happa les amorces avec une voracité dont je n'avais point eu encore d'exemple, et, en moins de deux heures, nous en eûmes capturé plus de vingt barils.
»Grande fut la satisfaction à bord du Franklin. Le soir, après la journée, il y eut bal et réjouissances sur le pont. On fit une distribution extraordinaire de rhum et nos matelots passèrent une partie de la nuit à fêter l'heureuse capture.
»Tournant ensuite vers le cap septentrional de l'île du prince Edouard, nous rencontrâmes plusieurs navires, tous chargés de maquereaux. Le temps était fort beau, quoique un peu froid, avec une brise accidentelle du nord-ouest. Nous continuions la pêche avec des résultats fort agréables, lorsqu'un matin le patron nous dit:
»—Allons, mes gars, ça commence à bien faire! Il faut en laisser pour la saison prochaine. Demain nous irons déposer notre fret à Saint-Jean.
»Au moment où il parla ainsi, nous étions sur un banc de maquereaux. Ce jour-là, nous ajoutâmes dix-huit barils de poissons aux autres prises que nous avions déjà faites, et notre pêche fut terminée.
»Le dimanche suivant nous touchâmes à Saint-Jean-de-Terre-Neuve, où je suis depuis lors, achevant d'inspecter l'établissement de pêcherie de mon armateur, et attendant un navire qui me ramènera à New-York.
»Je vous ai, mademoiselle, donné ces détails sur mon petit voyage, afin que vous les communiquiez à M. Jobinet. Comme il doit fréter, l'année prochaine, un navire pour faire la pêche au maquereau, et comme il m'a demandé des informations à ce sujet, il ne sera peut-être pas fâché de savoir de quelle manière les Yankees pratiquent cette pêche.