De cette prison, aujourd'hui, il ne reste que le pignon nord-est, la partie méridionale a été démolie pour faire place aux constructions du nouveau Palais-de-Justice, et il est bien à souhaiter que l'on se hâte de démolir ce pignon, espèce de bicoque qui jure affreusement à côté du plus beau monument public de la métropole canadienne.

A l'époque dont nous parlons, la prison de Montréal formait un parallélogramme long, composé de deux étages et d'un rez-de-chaussée.

Les deux étages étaient occupés par les simples délinquants; mais le rez-de-chaussée était affecté aux grands criminels. Ceux-ci étaient généralement parqués, deux à deux, dans des cachots vastes et assez bien aérés.

III

Si le lecteur consent à pénétrer avec nous dans l'un de ses cachots, au moment où les sentinelles s'envoient le mot d'ordre, il y trouvera deux prisonniers, avec qui nous aurons occasion de faire ample connaissance.

Malgré l'heure avancée de la nuit, les captifs ne dorment pas.

Bien au contraire, ils sont aux aguets, ils écoutent.

—Bon; le factionnaire est rentré dans sa guérite. Donnez-moi la lime,
Mike.

Et l'individu apostrophé passe à son camarade une petite lime finement trempée.

Puis l'on perçoit un léger son, acre, régulier, monotone, mais qui se confond avec les plaintes des girouettes tournoyant sur leurs hampes oxydées.