Les jeunes gens dansaient, et notre ami Pierre, assis sur la table, les jambes croisées, faisait l'orchestre à lui tout seul.

Vaillant orchestre, sur ma parole, quoiqu'il ne se composât que d'un instrument—le violon de maître Pierre.

—Et en avant deux! criait notre ménétrier, en se trémoussant à droite, à gauche, avec la frénésie d'un artiste consommé.

Et les couples s'avançaient, souriant, babillant rougissant, sautillant, se coudoyant, se poussant, se heurtant; et il y avait plus de gaîté, plus d'entrain, dans ce petit quadrille, exécuté au son d'une musique criarde, discordante, impitoyable, que dans les grands bals où l'on marche, le corps droit comme un I, les bras pendants le long des hanches, les jambes raides, compassées, aux accords d'une musique aride, difficile, savante. Et c'étaient de joyeuses exclamations, de vives interpellations, de bruyants propos, de frais éclats de rire, et, dominant le tout, la voix de Pierre reprenait:

—En avant les deux autres!

Puis, venaient la gigue, les rills, les cotillons, et tout cela sur quelques-uns de ces bons vieux airs de la vieille France,—airs, à notre goût, cent fois préférables à la plupart de ces compositions modernes, qui n'ont d'autre mérite que de faire ressortir le travail de l'exécutant et de désespérer le danseur.

IX

Pendant que les jeunesses s'ébattaient, les commères causaient, groupées dans un coin.

—Tout d'même que c'est z-honteux, pas vrai? dit la vieille madame
Morlaix, en piquant son aiguille à tricoter dans ses cheveux.

—Oui, en effette, répliqua madame Raviot.