Jacques chevauchait derrière, d'un air attristé aussi.
—Il me semble, continua le premier, que ma vie n'a pas été tout à fait ce qu'elle aurait dû être. Cette femme, après tout, avait été plus malheureuse que coupable. Qui n'a pas des faiblesses, des égarements, ici-bas? N'en ai-je pas eu, moi? Quel droit avais-je donc de la faire mourir, froidement, lentement, à petit feu, en humant les acres odeurs de ma vengeance! Et ma fille, pauvre enfant innocente, ma victime, encore! Et mes petits-enfants…
—Ah! si monsieur voulait? hasarda Jacques qui avait entendu ce monologue et doucement poussé son cheval côté à côte avec celui de Poignet-d'Acier.
—Eh Bien! quoi? plutôt pour chercher une diversion à ses poignantes réflexions que pour entendre un avis.
—Je voulais dire à monsieur que nous retournerions au Canada, dit
Jacques intimidé par la sécheresse de la réponse.
—Au Canada! Oui, nous y retournerons, Jacques, mais quand j'aurai de l'or! quand j'aurai les moyens de l'arracher aux Anglais, ces misérables qui nous ont tout volé, notre sol, nos richesses, nos emplois, tout, jusqu'à notre honneur!
Il prononça ces paroles avec un accent de haine et d'amertume indicibles.
—Alors, jamais Jacques ne reverra sa patrie! dit le vieux serviteur en hochant mélancoliquement la tête.
—Et pourquoi pas?
—Non, monsieur, non. Il y a quelque chose en moi qui me dit que ma dernière heure ne tardera pas à sonner.