—Ah! monsieur, ce serait bien beau! Je voudrais bien vivre assez d'années pour voir ça dit le vieillard avec, enthousiasme. Pas de république, mais le gouvernement de la France, notre mère-patrie, que nous chérissons toujours, et tous les enfants du Canada vous béniront, monsieur!
—Tu n'es pas fatigué? dit brusquement Villefranche, qui peut-être se reprochait déjà ce moment d'expansion.
—Non, monsieur.
—Bon, nous ferons encore une couple de lieues et mettrons pied à terre pour passer la unit, car il ne faut pas éreinter nos chevaux, qui auront probablement une rude traite à fournir demain. On nous donnera la chasse.
Ils piquèrent leurs montures, et, après une heure de marche rapide, firent halte, dans un vallon ombragé par de grands chênes et arrosé par un ruisseau. Ils dessellèrent et débridèrent les ponies, et les ayant entravés, de pour qu'ils ne s'égarassent, ils se couchèrent, après avoir soupé avec des shanatanques, sorte de chardon dont la racine, très-farineuse, a le goût du sucre.
Jacques aurait désiré allumer du feu, autant pour cuire les shanatanques que pour tenir à distance les loups et les animaux dangereux; mais Poignet-d'Acier s'y opposa en objectant que la flamme ou même la fumée pourrait révéler leur présence à l'ennemi, si, comme c'était présumable, les gens de la Compagnie de la baie d'Hudson étaient déjà à leur poursuite.
Villefranche avait résolu de faire sentinelle, mais la lassitude l'emporta sur sa résolution et il s'endormit d'un sommeil lourd et agité. Des hennissements de terreur et des jappements redoublés, suivis d'un coup de feu, l'éveillèrent. Il se leva en sursaut. La lune argentait le vallon. Jacques était debout; il rechargeait sa carabine.
—Malheureux! qu'as-tu fait? s'écria l'aventurier.
—Monsieur, ce sont les coyotes!
—Et quand ce seraient les coyotes?