Merellum était remontée sur les genoux de Ouaskèma et s'y était endormie.

Longtemps l'Indienne contempla l'enfant qui, le bras droit arrondi autour de son cou, la main gauche encore engagée dans son épaisse chevelure, avait été surprise par le sommeil, au milieu de ses ébats.

Et, en voyant ce visage frais, blanc et rose, ce visage qui lui plaisait à la passion, qu'elle mangeait de baisers, Ouaskèma, la vierge clallome, sentait d'étranges émotions soulever son sein. Elle adorait Merellum. Oh! c'était bien sûr; elle l'avait reçue de sa mère mourante, une pauvre Canadienne, veuve d'un trappeur; elle l'avait adoptée, elle la faisait respecter des siens comme elle-même. Pourquoi donc Ouaskèma éprouvait-elle alors ces impressions qui agitaient fiévreusement ses serfs, allumait, par moments, la colère dans ses yeux, lui crispait les doigts si fort, que les ongles s'enfonçaient dans la chair de sa main, et lui faisait lever parfois son poing fermé sur la Petite-Hirondelle?

C'est que la jalousie était entrée dans le coeur de Ouaskèma, la vierge clallome, et qu'elle la brûlait comme un fer rouge. Oui, Ouaskèma était jalouse d'une enfant, de sa fille, de ce qu'elle aimait le mieux au monde, après lui cependant!

Elle en était jalouse! Jalousie sombre, désespérante, implacable. Implacable, d'autant plus qu'elle avait pour aliment un don physique, un hasard de la nature. Et pourtant, je répète, Ouaskèma chérissait Merellum avec une tendresse maternelle. Mais n'avez-vous jamais rencontré des mères jalouses de filles qu'elles idolâtraient? Merellum était blanche comme le lait, Ouaskèma était rouge comme l'acajou. Merellum avait le front bombé, en ligne droite avec la face, Ouaskèma l'avait renversé en arrière, à angle obtus avec le visage, et voilà le secret de cette jalousie qui la poignait en regardant dormir la petite fille.

Si j'étais comme elle, il m'aimerait!

Que de réflexions voluptueuses ou déchirantes; que d'angoisses et de félicités; que de cris étouffés derrière ce conditionnel!

La nuit vint. Nuit froide et sombre, comme je l'ai dit précédemment.

L'Indienne, chassant les mauvaises idées qui l'oppressaient ainsi qu'un cauchemar, déposa doucement la Petite-Hirondelle sur un lit de sapinage, recouvert d'une peau de buffle, et se coucha près d'elle, après l'avoir baisée au front.

Ouaskèma souffrait beaucoup moins de sa blessure. Elle ne tarda pas à s'endormir aussi à côté de Merellum.