«Au commencement, disent-ils, il y avait six hommes. Les femmes n'existaient pas alors et les six hommes craignaient que leur race ne s'éteignit avec eux. Ils délibéraient sur les moyens de la perpétuer, quand ils apprirent qu'il y en avait une au ciel.
«On prolongea le conseil et il fut convenu que Hougoaho, l'un d'eux, monterait.
«Ce qui parut d'abord impossible.
«Mais des oiseaux lui prêtèrent le secours de leurs ailes et le portèrent dans les airs.
«Arrivé au ciel, il apprit que la femme avait coutume de venir puiser de l'eau auprès d'un arbre, au pied duquel il attendit qu'elle vînt.
«Et la voici venir, en effet. Hougoaho cause avec elle et lui fait un présent de graisse d'ours.
«Une femme causeuse qui reçoit des présents n'est pas longtemps victorieuse.
«Celle-ci fut faible dans le ciel même.
«Manitou s'en aperçut, et, dans sa colère, la précipita en bas. Mais une tortue la reçut sur son dos, où la loutre et d'autres poissons apportèrent du limon du fond de la mer et formèrent une petite île qui s'étendit peu à peu et finit par constituer tout le globe.»
Cette légende, que j'ai souvent entendu raconter sur les bords du Saint-Laurent, je l'abandonne aux commentaires des érudits et reviens aux Chinouks.